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ShantiMayi - The Un-Spun Web

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La spiritualité, cette sensualité ultime

Les sens, embellis par les nuages que forme la stimulation
inépuisable et pourtant limitée, vous mènent vers une
notion erronée de la dualité, en vous donnant le sentiment
d'être éloigné et non intégré.

Lorsque nous pensons à la spiritualité, nous pensons au sacrifice. Le sacrifice est toujours un envol vers le nectar.
Dans la plupart des traditions, il est dit que les sens sont un poison et que nous devons laisser derrière nous la vie dans le monde, pour atteindre des niveaux plus élevés de sagesse.
Qu'est-ce que cela signifie, en réalité ? Pourquoi possédons-nous les sens, et les délices qui les accompagnent, si tout ce que nous devons en faire, c'est de les sacrifier dans l'abandon ? Et comment devons-nous lâcher prise de ce qui constitue une partie si intégrante de notre être ? Oui, vraiment, et pour atteindre quoi, au juste ? Pour être laissé là, vide, froid et sans expérience ?

L'ennui provient d'un besoin excessif
de satisfaire et de stimuler constamment les sens.
Le fait de cesser de le faire,
crée de plus en plus de besoins
qui ne sont pas nécessaires.
Alors que l'Un est tel qu'il est,
véritablement complet, simple et comblé, de manière innée

Les sens sont-ils un poison pour l'Eveil ?

Les sens sont effectivement un poison dès qu'ils se limitent à une stimulation externe.

Lorsque la sensualité s'ouvre et vous prend au piège, en vous enfermant dans un cocon de désirs restreints et inépuisables, alors, effectivement, les sens sont un poison pour l'Eveil.

Et pourquoi ?

Il en est ainsi parce que l'expérience sensuelle est à jamais limitée et éphémère et parce que la satisfaction est trop restreinte. Cela vient et va, trouve satisfaction et repart à nouveau. C'est cela, qui forme le cercle infini de l'illusion. Et pourtant, la satisfaction éphémère est une clé, une clé pour l'Eveil.

Cependant, les sens en eux-mêmes
sont de grands enseignants pour le yogi,
tout comme l'océan est un grand enseignant
pour les marins et les navigateurs.

Ce qui vient et qui va représente toujours un point clé pour l'Eveil. Ce qui n'a pas de permanence n'a pas de réalité fixe ; Eveillé ou pas. Ceci, les Sages l'ont compris en observant, dans la vie quotidienne, les vagues de l'expérience.

Lorsque les sens s'épanouissent à la lumière de la sagesse,
alors l'expérience ordinaire se flétrit
et la super-sensualité s'éveille.

Les Sages sont de grands amoureux de la nature,
et leur façon d'être est simple.
En chaque être vit un Sage.

Les sens qui sont emplis de la lumière de la Noble Sagesse
pénètrent l'ensemble de l'existence dans chacun de ses menus détails.

L'Eveil mène à une super-sensualité.
Parce que le désir a diminué,
l'expérience inhérente à toute chose brille en pleine lumière, sans obstruction.
Voyez clairement, avec le "Je" intérieur,
en écoutant le silence aphonique.
Dans la perception pure,
le désir insatiable disparaît.
C'est l'amour, sans un et sans autre.
L'expérience, pure comme un flocon de neige.

Non entravés par la division ou l'identité, les sentiments ne sont pas évités.
De quelque nature qu'elle soit, l'expérience est alors claire et non restreinte par le désir.
Sans turbulence, les sentiments s'approfondissent et sont naturellement exaltés.

 

Pour celui qui a le cœur ouvert, rien n'est divisé,
pas ceci et pas cela, pas ceci de cela.

En chacun, la vérité est la même.
En chacun, la possibilité d'u
ne expérience simple et riche est certaine.

Extraordinairement sensible
et super-sensuel,
tel est Celui
qui a le cœur ouvert.

Voici ci-dessous des poèmes et vues intérieures d'êtres Eveillés.

Dans son poème aux sept mots*, Rumi dit :

"Avant de voir quoi que ce soit, je vois Dieu."

* NdT. : "poème aux sept mots" en anglais: "Before I see anything, I see God."

A quel point les sens de Rumi étaient-ils sensibles ? Ils étaient extraordinairement puissants et tout autant délicats.

Il est important de réaliser que les Sages étaient - et sont toujours - de grands poètes, de grands artistes, de grands musiciens et de grands dirigeants. Ce qui ne signifie pas que la réalisation est distante et éloignée de la vie. Cela n'a rien à voir avec la proximité ou la distance : Les Sages sont eux-mêmes toutes choses (comme vous l'êtes vous-mêmes).

Les Maîtres Zen et les Maîtres Sufi ont été remarqués pour leur amour d'une grande beauté en toutes choses et pour leurs interprétations simples et éloquentes de la vie. Ceci est dû à une sensualité très subtile, ouverte et calme.

L'aptitude qu'a Hungzi à inonder le lecteur d'un sentiment profond provient du fait qu'il est complet dans l'expérience de la vie.


Il dit :

Les nuages blancs sont fascinés par la verte racine de la montagne
La lune radieuse aime se couler dans le flot tumultueux
Les nuages se séparent et la montagne apparaît.
La lune monte et l'eau est tiède.


Notes

1. Comprenez, comme l'exprime l'introduction, qu'être si simple n'est pas un but en soi, mais avoir si peu et en cela, avoir tant, ceci a quelque chose de fascinant pour ceux qui ont tant et qui, pourtant, éprouvent un sentiment d'insatisfaction.

2. Toutes les traditions ont des exemples merveilleux de sensibilité super-sensuelle. Néanmoins, les Maîtres de ces deux traditions sont bien connus pour leur façon particulière d'enseigner, au travers d'une poésie de toute beauté et de thèmes simples.

Basho apporte un regard réfléchissant, pareil à celui d'un étang immobile, dans lequel l'on voit ses propres yeux. Il est ce qu'il expérimente.
Voici ce qu'il dit :

"Mon cheval trotte dans le champ
Oh ho !
Je fais partie de la scène."

En observant avec un émerveillement d'enfant la sagesse splendide de la vie, voilà ce que l'on peut dire :

 

Comment une pierre sait-elle comment être une pierre ?
Et la lune, être lune ?
Comment la rosée
sait-elle se déposer dès l'aurore sur l'herbe des prés
et s'évaporer à midi ?

Ah, merveille,
qui est passée, inaperçue.
Pour Celui qui n'a besoin de rien,
tout est divin.

Les êtres ne "réalisent" pas ce qui se trouve devant eux à tout instant.
La symphonie de chaque chose vivante, l'incompréhensible,
le mystère de la vie, pareils à un art original et unique.
Les êtres sont trop occupés à rechercher une satisfaction totale,
alors qu'en fait, la satisfaction totale n'a jamais été trouvée,
parce qu'elle n'existe pas.


La sensualité ultime ne connaît pas de proximité

La libération des sens

Est-il réellement possible d'être libéré des sens ? Oui, c'est possible, mais tant que vous vivrez, les sens seront le véhicule de votre expérience. Ce qui ne signifie pas que les sens doivent être abandonnés, car en fait, ceci n'est pas possible, aussi longtemps que vous vivrez. Les entraves de la souffrance se resserrent, quand une soif de satisfaction sensuelle apparaît. En définitive, vous devez réaliser que vous ne pouvez pas remplir un puits sans fond. C'est l'écho de cette sensibilité innée, qui vous rappelle que votre poursuite est toujours accompagnée de souffrance.
Vous voyez, vous pouvez être satisfaits sensuellement - s'il est possible que vous le soyez... - et pourtant, il semble que l'insatisfaction que vous éprouvez, le manque de stimulation, de prestige, d'attention, etc..., tout cela émane d'un besoin de remplir un puits sans fond. Vous savez, ce puits ne peut jamais être rempli. Voilà pourquoi les grands Etres vous ont rappelé - et vous le rappellent en ce moment même - que cette poursuite est épuisante et avilissante pour l'esprit. Avec un "sens", même infime, de cette sagesse, ce qui se trouve devant vous, à l'intérieur de vous et à votre portée à tout moment se trouve enfin disponible. Une sensualité subtile, c'est l'Eveil et l'ouverture du cœur. Et la sagesse qui y est contenue est profondément inépuisable.

Moins, c'est plus, et trop, ce n'est jamais assez.

Comment arrive-t-on à être en accord avec les sens puissamment houleux et néanmoins délicieux ?

Vraiment, il n'y a rien que vous puissiez faire, mis à part "réaliser" les limites d'une stimulation excessive et d'en arriver à l'épuisement du besoin de stimulation extérieure.
Tant que dans sa vie, l'on accorde la prédominance à ce besoin (artificiel), le sens profond de son Soi n'émergera pas. Comme je l'ai déjà dit, les sens en eux-mêmes sont de grands maîtres. Quand vous êtes entièrement un avec ce que vous sentez, alors la séparation se dissout. La satisfaction est naturelle et non agitée. Si vous repoussez les sensations, de quelque nature qu'elles soient, alors, vous serez pris par la souffrance qui vous dévorera. C'est ici, précisément, que résident les enseignements immémoriaux de tous les grands êtres : au cœur même de vos sens.

Peut-être n'avez-vous jamais expérimenté l'univers autour de vous ?

La nuit, vous passez sous la voûte des cieux, qui reflète l'ordre cosmique, et ne remarquez jamais rien. Les étoiles dispersées à travers l'éternité. Chaque jour, le vent, les forêts, les êtres, le mouvement. Chaque matin, un nouveau lever de soleil. Le caractère unique de cet instant même et de chaque seconde, à la ville ou à la campagne. Une vie entière, passée à rechercher quelque chose qui devant vous, passe à toute allure, et qui à nouveau, a besoin d'être rempli. La vie humaine est un joyau, si rare, et elle est rapidement gâchée et troquée contre un bandeau. Que peut-on faire ? L'on peut se réaliser. Et, chose singulière, accomplir cette réalisation dépend du degré de perspicacité que vous avez. Lorsque les sens sont réceptifs et calmes, il est possible alors de percevoir l'univers en chaque chose, aussi infime soit-elle, et bien évidemment, à le percevoir à l'intérieur de vous-mêmes également.

Je préfère aller au-dedans qu'aller, dépourvu de tout, au-dehors.

 

Sur la sagesse subtile de celui qui n'est pas en émoi

 

"Les maîtres anciens étaient subtils, mystérieux, profonds, sans réserves.
La profondeur de leur connaissance était insondable.
Et parce qu'elle était insondable,
tout ce que nous pouvons faire,
c'est décrire leur apparence.
Vigilants, pareils à des êtres traversant un fleuve en hiver.
Prudents, pareils à des êtres conscients du danger.
Courtois, pareils à des invités de passage
N'opposant aucune résistance, pareils à la glace sur le point de fondre
Simples, pareils à des blocs de bois non sculptés.
Creux, pareils à des grottes.
Opaques, pareils à des mares boueuses.
Qui peut attendre calmement que la boue se dépose ?
Qui peut demeurer dans l'immobilité,
jusqu'à ce que surgisse le mouvement ?
Les observateurs du Tao
ne recherchent pas la satisfaction.
Et ne la recherchant pas,
ils ne sont pas ballottés par le désir du changement."

Lao Tsu
Tao Te Ching n° 15
Traduction anglaise : Gia-Fu Feng et Jane English
Traduction française : Françoise Huguiès (Gurupriya).

ShantiMayi©  1999

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